Un film fait de silences. De silence humain, aucun dialogue, des actes froidement/professionnellement menés. Des silences et une nature qui est broyée, hachée, traitée, éventrée… pour nous montrer les réalités de l’industrie alimentaire qui nous nourrit.
Malgré ses forces (et donc son intérêt), on peut voir les limites propres à ce film. A vouloir balayer tous les champs de ce thème vaste (des salades aux porcheries, sans oublier la mine de sel, et ce, au travers de l’Europe et de ses migrants), l’on survole tout, sans aller au-delà de généralités que tout honnête citoyen peut déjà connaître.
Sans cet approfondissement, la démarche même du réalisateur peut paraître assez obscure. Est-ce un divertissement sur l’habileté technique contemporaine (dans sa toute puissance) ou un essai critique sur l’industrie…
Toutefois, cet animal que l’on maltraite, sa souffrance, devient visible sur une scène (au moins). La «peur de mourir» de vaches à l’abattoir, le recul et l’agitation face au pistolet (qu’elles n’ont pourtant jamais vu) qui va les abattre proprement (suivant les normes), interroge sur la réalité d’une «conscience animale».
Notre pain quotidien, de Nikolaus Geyrhalter (Allemagne – Autriche – 2005 – vo – documentaire)
La boxe et les filles. Un «papa» entraîneur ayant une ambition élevé pour «ses filles». Les
combats, l’entraînement, la vie du club de boxe (avec J.P. Kalfon et Bruno Putzulu…), ainsi que
la vie familiale… seront les épreuves de cette famille. Qui va gagner, peut être les sentiments, aussi une actrice jeune (Louise Szpindel) et une réalisatrice retraçant une vie (qui fut peut être la sienne) avec sincérité.
Dans les cordes, de Magaly Richard-Serrano (France – 2007)
Le roi Leonidas et ses trois cents spartiates face aux hordes barbares perses (la bataille des
Thermopyles vers 480 avant Jésus Christ). Un film qui fait réagir, à en lire certains critiques allant jusqu’à le traiter de «nazi» (cf. Thomas Sotinel dans Le Monde du 20 mars 2007). Leur stupidité sera sans fin. Eux qui devraient peser leurs mots, analyser,
montrer une distance… et prendre du temps pour cela. A vouloir banaliser tous les mots et leur sens, il ne faut s’étonner du confusionnisme actuel. Est-ce du respect pour ceux qui ont
subi et lutté contre le nazisme? Ne voit-on pas ces critiques tomber dans l’erreur facile
de l’anachronisme, voulant juger une réalité historique (mythifiée dans ce film) à l’aune du XXIème siècle. Le monde antique était violent, comme d’autres époques anciennes, c’est une évidence. Cela est rendu ici par l’image et son caractère si
particulier composé de beaux pixels (à la manière de Sin City), la composition musicale et l’action. Ils sont forts et fiers de mourir pour Sparte ("Nous vaincrons la tyrannie et le mysticisme") sur fond d’heroïc fantasy et de peplum stylisé. Si un bon film doit être un spectacle complet (scénario, image et son), au moins celui-ci n’est limité que par son scénario (les intrigues politiques auraient pu être davantage étudiées par exemple).
300, de Zack Snyder, d'après l'oeuvre de Frank Miller (États-Unis - 2006 - vo)
Une rencontre, un désir, un couple. Ils se retrouvent, s’aiment, se parlent. Un temps, une
action, un lieu. Comme un chemin de vie déroulé sur une nuit. Du désir à la jouissance, du
plaisir à la haine, de la passion au renoncement, du merveilleux au quotidien. C’est une gageure pour le réalisateur (Matías Bize) et pour les acteurs (Blanca Lewin + Gonzalo Valenzuela), de si bien
monter cela dans un temps si tenu.
En la cama, de Matías Bize (Chili – 2005 – vo)
Une mère séparée et son adolescent. Celui-ci découvre et subi la violence de milieux
interlopes depuis le lycée et pour s’en affranchir, va intégrer un réseau de trafiquants de
drogues. Sa malice, son innocence et sa conscience (du travail bien accompli), vont l’aider, ainsi que le perdre. Ce serait sûrement un bon film, puisque c’est bien filmé, bien découpé. Un peu trop, même...
Les Enragés (Knallhart), de Detlev Buck (Allemagne – 2006 – vo)
Nous connaissions déjà les effets des produits ménagers (lessives) et agricoles (pesticides = insecticides, fongicides, herbicides) sur la vie aquatique (et donc sur nous même, en fin de chaîne alimentaire).
Les stations d’épuration peinent déjà à filtrer nos rejets. Mais il en existe un plus pernicieux… ce sont nos rejets de médicaments. Ingérer une pilule contraceptive ou un antibiotique, c’est aussi le pisser en partie. Tout ce jus ce retrouve dans les fleuves et rivières. Ayant par la même occasion des effets soit encore inconnus (car s’agissant de faibles doses), soit manifestes (des tétards qui se féminisent…).
Des hormones, des perturbateurs endocriniens et d’autres composés pharmaceutiques sont retrouvés dans les eaux. Comme si les phosphates et les pesticides ne suffisaient pas !
Une jeune fille anglaise en 1905, (in)consciente de son talent d’auteur et vivant dans sa campagne mène la vie dure à sa famille (parfaite petite égoïste stupide), car persuadée
qu’un jour elle sera riche, célèbre, adulée… Et cela arrivera. Comédie dramatique pouvant être
romantique et mièvre. Elle est donc mièvre parfois. Le succès d’Angel, sera rose, doré et parfumé à souhait… un monde de rêve que la Première guerre mondiale viendra briser. Alors vient la seconde partie du film. Se situant au-delà du masque, du décorum et révélant encore mieux la délicieuse Romola Garai (l’interprète d’Angel).
Angel, de François Ozon (France / Grande Bretagne / Belgique - 2007 - vo)
Un nageur est accusé de dopage (injustement?). Abandonnant la compétition, il se retire de la vie… Loin de tous et de sa femme. Un soir en voiture, fatigué, il «bascule» un cycliste… Un jeune nageur, qu’il finira par entraîner pour une épreuve en eau libre (un règlement de compte?). Entre deux eaux, est ce film. Sans toujours savoir on l’on va, en tous les cas l’on voit, sans beaucoup de voix. Une beauté de la photographie, des grands espaces, et de l’eau.
Agua, de Verónica Chen (Argentine/France - 2006)
La direction d’acteur, quelque chose de certainement complexe pour un réalisateur. Ici, justement, un ensemble de prestations brillantes. Combien, alors, l’on sent la solitude, la moquerie, la sensibilité, l’émotion, la perte, la rudesse, la tendresse… au travers de différents portraits de vie qui ne pourront que se rencontrer.
Ensemble, c'est tout, de Claude Berri (France - 2007)
Le bistrotier acariâtre tombe amoureux d’une pute. Il est parfait Daroussin dans ce rôle, toujours le même
registre, le même emploi ou il vocifère contre quelque chose. Hormis ce détail, un jeu de rencontres sensuelles et douces entre différentes vies. Ils se croisent, se touchent. Il caresse la belle Emmanuel Devos (qui doit faire partie des plus belles femmes du cinéma français avec Isabelle Huppert, Juliette Binoche, Sandrine Bonnaire…). Ce mystérieux personnage (Sylvain Dieuaide) avec son secret, il vient comme en transparence et légèreté, dans des vies banales.
J’attends quelqu'un, de Jérôme Bonnell (France - 2006)
Un joli récit autour des frontières, celle de la prison, de la famille, de la culture, des classes
sociales, du sexe, de la vie amoureuse, de son parcours (notamment : être concierge avec un master en gestion). Sensibilité d’acteurs, de situations et… humour. Drame ou comédie, cela n’est pas toujours défini, est-ce une limite pour autant ? Néanmoins cela reste vivant et bien
interprété ! (notamment Quim Gutiérrez = récompensé au festival Premiers plans à Angers).
Azul Oscuro Casi Negro, de Daniel Sanchez Arevalo (Espagne - 2006 - vo)
L’Allemagne « démocratique » période Honecker, avec sa parano, chacun surveillant son voisin, sa famille, son proche. Mécanique bien huilée et dédiée au maintien de l’État policier ubiquitaire (qui fait oublier toute «ostalgie»). Un des ces rouages -fonctionnaire de la Stasi-, parfait, froid, analysant chaque être humain commence à douter de l’intérêt de sa mission. En fond, l’Allemagne de l’est d’une grisaille jaune-verte… pour un film composé d’une talentueuse mise en scène et interprétation.
La Vie des autres, de Florian Henckel Von Donnersmarck (Allemagne - 2006 - vo)
La vie juste avant une tragédie. L’hécatombe du Sida qui s’annonce,
comme quelques nuages sombres, quelques stigmates sur une poitrine,
avant la mort. La lutte qui commence avec quelques pionniers, les
peurs, le rejet. Quelques autres idées improbables quoique mineures
dans ce film. Avec une beauté de la photographie, qui marque par son
grain, par sa couleur si particulière, sa vue d’une certaine
mélancolie. Comme un oubli qui ne doit pas se faire de tous ceux qui
ont lutté et qui sont morts.
Ailleurs, Le Ciel de Paris (avec Sandrine Bonnaire, Marc Fourastier…) sortit
en 1991, film de l’assistant d’André Téchiné, Michel Bena, qui mourut
du Sida. Témoin.
Les Témoins, d’André Téchiné, (France - 2007)
Une histoire d’amour qui débute entre une céramiste (Sandrine Bonnaire, toujours plus belle), et un industriel (Vincent Lindon) et ses infortunes… Avec au milieu de ce jeu d’acteurs réussi, un responsable de la sécurité (François Berléand) incarnant et résumant en quelques répliques délicieuses les années Mitterand !
Je crois que je l’aime, de Pierre Jolivet (France - 2006)
Piaf la tragédienne, sa beauté et son physique ingrat, ses amours, ses amitiés, son enfance dans un Paris disparu…. Tout cela entremêlé, comme si tout était écrit, comme si Sainte Thérèse avait veillé sur elle. Le talent d’Olivier Dahan est de ne pas avoir écrit son film que dans le registre émotionnel.
La Môme, d’Olivier Dahan (France - 2006)
C'est encore là que je me sens le mieux... dans un aéroport !
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